M comme... Mode

Publié le par Yoda-Ben²

Aujourd'hui, ami lecteur, j'avais envie de t'entretenir des aléas de la mode, qui partagent avec les oeufs Kinder la merveilleuse faculté d'étonner à chaque fois ton infortuné serviteur. En effet, je t'ai déjà dit que j'étais friande de magazines féminins -oui, bon, ça va, je sais que se tenir au courant des tendances d'une mode financièrement et anatomiquement inaccessible a quelque chose d'assez vide et profondément idiot, mais j'aime bien quand même-, et les pages luisantes de ces petites bibles de l'élégance ont le moyen de me laisser pantoise à chaque lecture. 
 
Prenons l'exemple du jean slim. Tu sais ce qu'est un jean coupé "slim", ami lecteur ?
 
 
Moi non plus. 
Enfin, il paraît que c'est le jean d'Iggy Pop (non comprise, la cambrure du dos à 90° que même une femme dessinée par Rob Liefeld ne peut pas tenir plus de cinq secondes), de Bruce "The Boss" Springsteen et de Mick Jagger, un intemporel, un classique parmi les classiques, un truc qui *doit* se trouver dans la garde-robe de toute femelle homo sapiens qui se respecte. J'ai juste le souvenir d'un pantalon normal, aux jambes droites, où la partie entre l'entrejambe et la ceinture est parfaitement carrée, mais il est fort probable que je me plante. On nous a rebattu les oreilles avec le jean slim, arguant que c'était un must have, qui allait à tout le monde et qui passait partout. Maintenant, que vois-je, au détour d'un article sur la façon de s'habiller pour se mettre en valeur selon sa morphologie ? Surtout pas de jean slim, qui fait, je cite, une croupe de mouton, voire une silhouette de Rubik's Cube. Ben voilà. Le jean slim, c'est bien, mais pour une femme qui a les hanches d'Iggy Pop. 
 
Pareil pour les jeans taille basse, qui après un passage à vide, reviennent en force. L'ennui, c'est que la coupe taille basse qui est censée être le nouveau noir de cet hiver ne va qu'aux filles ultra-minces, sinon, mesdemoiselles, gare aux bourrelets débordant généreusement de votre dernière acquisition qui feront ressembler votre taille à une brioche sortant du four ! Les jeans taille haute, alors ? Ah pour sûr, ils font aux filles aux hanches en lyre une silhouette de reine... Jusqu'au moment de bouger. Impossible de marcher, de se baisser, de s'asseoir ou de respirer profondément dans un de ces trucs. Or, impossible de trouver des fringues adaptées à une morphologie humaine normale si on veut se conformer aux canons de la mode. La mode n'aime pas les seins, ni les hanches, ni les fesses, ni les petites. Même avec des vêtements censés être à ma taille, je peine en voyant ces falzars pendre sur mes hanches et accrocher à mes cuisses, ces ceintures trop grandes pour mon tour de taille trop réduit, ces bottes qui acceptent des pieds de taille normale mais qui refusent les mollets de filles qui marchent. Même dans les catalogues spécialisés, on trouve des fringues pour grosses, mais avec des coupes qui ne vont qu'à des minces. En désespoir de cause, ces mêmes catalogues finissent par proposer des tas de cache-misères pour dissimuler le désastre : tuniques qui pourraient concurrencer une tente Quechua, grosses écharpes qui dégoulinent devant et derrière, chemises assez amples pour dissimuler une grossesse de huit mois, sacs à main pouvant recueillir une commode Louis XVI dans chaque poche, etc. 
 
Et toujours, ces mêmes conseils qui se suivent et ne se ressemblent pas... "Cette année, les bottes se portent sur le jean", "oh et puis non, ça fait vulgaire et ça coupe la silhouette", "mesdames qui voulez paraître plus grandes, osez le monochrome", "ah ben non, c'est con, la tendance est au bicolore", "vous avez la taille fine ? Soulignez-la avec des ceintures, ça fait paraître plus mince", "Non mais t'es fou ?! Ca va faire ressortir son gros cul !", "pas de chaussure de femme sans haut talon", "je sais, les compensées sont plus pratiques pour marcher, mais elles tassent et alourdissent, pas de chance", et j'en passe. 
 
A la fin, on a envie de leur demander quand il vont enfin se décider à se mettre d'accord, ou de jeter sa pile de magazines et d'investir dans des sacs poubelles avec un trou pour la tête et deux pour les bras. Et tant pis pour les bonnets d'âne qui n'ont pas la silhouette naturellement photoshoppée.
 
Ce qui est pas mal non plus, ce sont les indices de geekitude dont on parsème les magazines de mode, après des années à avoir martyrisé les geeks, nerds et dorks de tous poils en les traitant de ringards, maintenant ils sont à la mode. Vision d'apocalypse. 
 
Après avoir voué aux gémonies la bonne vieille Converse All Star chérie des geeks et des grunge, qui alourdit la jambe, prédispose aux entorses et à l'hallux valgum, la voilà sur le devant de la scène comme fashion must have -tu as vu comme je parle bien le langage magazine, ami lecteur ? :)-, les virées shopping ne se font plus sans elles et nulle folle de mode ne saurait manquer d'en posséder une paire qui fera bon ménage entre les Jimmy Shoo et les Louboutin. Popularisée par le geek chic, très amable, très excellent et très estimable David Tennant dans son interprétation inoubliable du 10e Docteur, elle est devenue in parce qu'un type super mignon a montré preuve à l'appui qu'on pouvait les porter et rester classe. 
 
Les consoles de jeux, un truc de gamin, voire d'adolescent attardé et boutonneux ? Que nenni !! Maintenant, avec la DS de couleur qu'on peut accorder à son rouge à lèvres, on peut muscler son petit cerveau pendant les trajets en métro, avec la Wii Fit, on peut faire du sport en restant chez soi, et s'il nous reste un peu de temps, on peut même se faire une petite partie de Super Mario pour la nostalgie. Alors qu'il y a à peine deux ou trois ans, je cachais honteusement mon nouveau record à Bloody Roar parce qu'il n'y avait vraiment pas de quoi être fier de jouer encore aux jeux vidéo à mon âge (alors que merde, j'avais réussi à terminer le boss de fin en moins de cinquante secondes avec Long, pour moi, c'était un exploit !!). Pareil pour les téléphones portables trop sophistiqués que le pékin lambda reluquait autrefois d'un sale oeil, maintenant, l'IPhone a démocratisé le téléphone qui fait aussi calculatrice, niveau à bulles, trafiqueur de voix, planche de surf et machine à café. 
 
Les tee-shirts à logos bizarroïdes étaient, il y a quelques mois encore, des oripaux qu'on ne pensait ne jamais voir apparaître sur les podiums de mode. Maintenant, plus besoin de courir les galeries de thinkgeek.com pour trouver un tee-shirt Ghostbusters ou Atari, ils sont classe, on vous dit -cela dit, ça c'est pas dommage, vu les frais de port qu'ils demandent, mais passons. Leur popularisation doit, elle, beaucoup à l'acteur Zachary "Sybrows" Quinto, tour à tour adorable folle flamboyante dans l'anecdotique série So NoTORIous, terrifiant tueur en série dans Heroes ou campant le légendaire rôle de Mr Spock dans la nouvelle génération de Star Trek -et accessoirement, un des types les plus indécemment sexy qui m'ait été donné de contempler de mes petits yeux torves et porcins-, qui en plus d'irradier des vagues de charisme +25 à chacune de ses apparitions à l'écran, s'est également illustré par son goût vestimentaire des plus... Comment dire ça poliment... Uniques, mais avoue, ami lecteur, qu'être mignon même en gilet gris à petits avions jaunes ou en tee-shirt vert pétant indiquant "Club Sandwich Not Seals", ça tient quasiment du super-pouvoir. 
J'ose à peine entrevoir le moment où les geeks rejoindront la ringardise après avoir frôlé le devant de la scène, car la chute sera plus dure encore. 
 
Bref, ami lecteur, le monde de la mode, du moins pour ton infortuné serviteur, est un vrai panier de crabes dans la Maison qui Rend Fou des Douze Travaux d'Astérix : un truc qu'il ne faut pas approcher au risque de devenir complètement dingue.

Publié dans Alphabête à pleurer

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Martine 26/09/2010 19:14



signé Martine au lieu de ppm, j'avais fait une blague à "prise de choux" avant, et c'est resté dans le form :)



Martine 26/09/2010 19:11



J'ai économisé un an d'abonnement à Elle en lisant ton résumé croustillant (sauf les photos pour me soulager).


La mode, finalement c'est comme le reste, le maître mot est consommer : acheter, séduire, mettre, prendre, jeter, recommencer. J'utilise à dessein ces mots ambigus car on doit faire avec les âmes
et les corps comme avec les produits, cela nourrit la consommation.


Tout cela est vain, et laisse peu d'espoir : la médecine tue, la technologie rend con, l'environnement stérilise, et l'Homme moderne s'adapte à son milieu.


La capacité d'adaptation est heureuse quand il s'agit de contraintes naturelles, mais elle est pitoyable quand elle fait ramper le plus intelligent des animaux devant l'ombre de son ombre.