De ma petite personne..

Publié le par Yoda-Ben²

Aujourd'hui, ami lecteur, j'ai constaté avec horreur que cela faisait des mois entiers que je n'avais pas mis mon blog à jour, et je m'exécute donc incessamment pour remédier à ce manque, interrompant pour quelques instants ma retraite d'études et de prières. Ne me remercie pas, c'est normal.

Aujourd'hui, donc, ami lecteur, je suis allée effectuer, que dis-je, commmetre, un achat d'une frivolité absolue, l'achat-qui-ne-sert-à-rien, celui qui me rendra coupable quelques mois plus tard mais qui soulage tellement les coeurs flétris par des années de frustrations et de retenues diverses. Il est blanc, il est fleuri, il est bleu, il est beau, c'est mon nouveau maillot !

Il faut savoir, ami lecteur, que ton infortuné serviteur a, sans doute par la faute des bouées de graisse qu'elle traîne à peu près sur tous les endroits disponibles de son anatomie, une certaine aisance, voire une aisance certaine dans l'élément liquide, et si elle ne va pas jusqu'à concurrencer Michael Phelps, elle nage plutôt bien.

Cependant, je goûte rarement aux joies du barbotage, et je dispose donc de peu d'équipement adapté -comprends là, ami lecteur, que je possède en tout et pour tout deux (2) maillots qui m'aillent. Mon corps éléphantiasique, mes proportions grotesques et une masse de complexes qui serait capable de concurrencer celle d'une étoile à neutrons font que la traditionnelle séance de shopping de fin de printemps visant à trouver le maillot idéal est un loisir que je n'ai absolument jamais essayé. Les deux maillots en ma possession ont été achetés l'un sur le marché, par ma mère, l'autre par mes soins, dans une grande surface. J'ai trouvé l'objet esthétiquement plaisant, farfouillé à la recherche d'un haut et d'un bas à ma taille et assortis, puis voyant qu'une vendeuse s'approchait sur l'air des Dents de la Mer, le "je peux vous aider ?" au bord des lèvres, prêt à être servi avant de m'expliquer que la couleur marron camouflerait mieux mes vergetures, je suis partie comme une voleuse, l'objet terré au fond de mon panier. Je n'ai essayé ni l'un ni l'autre avant de les acheter, mais coup de bol, ils me vont. J'ai donc réitéré la manoeuvre pour le troisième.

Ca faisait un bout de temps que j'avais envie d'un nouveau maillot. C'est assez pathétique, quand on y pense, ami lecteur. Un maillot. Un simple µ@#&%* de maillot. Et je ne parle qu'un basique Décathlon, pas une de ces dioreries qui coûtent un SMIC et qui ne sont bons qu'à parader en Louboutin sous les flashs des paparazzis. C'est pourtant pas la mer à boire. Des millions d'hommes et de femmes en achètent tous les ans sans en faire un drame. Pourquoi avoir poussé la porte du Décathlon près de chez moi a donc été un effort aussi prométhéen ?

Je l'ignore moi-même. Toujours est-il que lorsque je me suis retrouvée livrée à moi-même devant le rayon des maillots de bain, j'ai fait appel à toute ma concentration pour me focaliser sur une idée extrêmement simple et complexe à la fois : "regarde les maillots, choisis-en un qui te plaît, achète-le. C'est tout." Alors que je laissais muser mon regard sur les imprimés seventies, les hibiscus hawaïens flashy et les shorties à frou-frous, je me laissais submerger petit à petit par les petites voix familières qui viennent d'ordinaire gâcher toute espèce d'activité plaisante que je pourrais expérimenter : "C'est trop cher", "il te grossit, même pas la peine de l'essayer", "tu vas avoir l'air d'une conne avec ce truc", "ces couleurs ne te vont pas", etc. Je ne peux même pas commencer à t'expliquer, ami lecteur, à quel point ça a été dur de les faire taire.

Chercher, trouver, haut (taille de bonnet suffisante), bas (assez de place pour l'énormité de mes fesses), passer à la caisse sans sombrer dans la panique et jeter le tout dans un panier isolé avant de partir en courant, repartir avec la chose, et une paire de lunettes de plongée de la même couleur. A y est. Je suis dans ma bagnole, je démarre, je rentre chez moi, j'essaie l'objet. Qui me va. Ouf. Inutile de passer par l'humiliante phase du retour en magasin, à expliquer d'un ton étranglé de gêne que même le XL est trop petit.

A vrai dire, ami lecteur, j'ignore absolument si je vais me servir de ce maillot cette année. Je ne sais pas si je vais avoir le temps matériel de nager ces vacances. Mais je ne saurais te décrire le ravissement qui me prend quand je vois mon maillot, en sa blanche et violette beauté, tout neuf et tout beau avec ses fleurs et ses rayures, trôner sur mon lit. J'imagine déjà les longues brasses, ma peau couleur d'ibuprofène qui tranche dessus, en écoutant de la zique par le truchement d'un baladeur waterplouf qui constituera mon prochain achat.

Tu te rends compte, ami lecteur ? Aujourd'hui, j'ai agi comme une fille.


Trois ans bien sonnés que ça ne m'était plus arrivé.

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Pépéhème 30/06/2011 23:35



Moi aussi j'étais un peu overkill dans mes réponses. J'ai appris à proportion en faisant de la boxe française. Faut pas croire c'est un sport plein de finesse


Mesurer la gravité de l'attaque est le plus difficile, ne pas surévaluer, ne pas avoir peur des coups avant de les avoir (éventuellement) sentis. Après on est serein pour calculer paisiblement
une riposte adaptée.



ppm00 14/06/2011 04:38



Tu ne nous as pas raconté le premier achat, celui avec la reine mère, probablement le plus croustillant, mais qui donc appartient à un passé révolu


Le baladeur, ça va pas non ? il faut être en osmose avec la nature ! c'est même écrit dans le mode d'emploi des revues de psychologie à 2 euros.


Se faire plaisir finalement, c'est pas difficile, il suffit d'envoyer chier les autres, ce dont pourtant tu sembles avoir une capacité théorique très élevée, alors pourquoi as tu tant de mal
quand il s'agit de te protéger toi ?



Yoda-Ben² 14/06/2011 14:52



Tiens, coucou ! :)


Pour ce qui est de se faire plaisir, c'est devenu tellement difficile de le faire tout en passant par la multitude de filtres socialement, médicalement, bidulement corrects que je l'avoue, comme
ça, on dirait que j'ai de la gueule, mais en fait pas du tout. Manger un truc bien gras et sucré en passant attirera les foudres du "ne mangez pas trop gras/trop sucré/trop salé", se laisser
aller à quelque plaisante bagatelle fera planer le spectre des cochonneries sexuellement transmissibles, surdité et autres livraisons de la cigogne, aller prendre l'air fera hurler les enragés du
mélanome, et puis, c'est une perte de temps. Alors en fin de compte, je finis par faire taire tout le monde en ne tentant plus rien (sauf que ce n'est pas non plus une bonne stratégie, puisqu'à
ce moment-là, je serai étiquetée flemmarde).


Une ancienne connaissance m'avait dit un jour qu'en matière de répartie, même quand on m'attaquait au lance-pierres, je ne savais répondre que par une bombe atomique. Et à cause de ça, je n'ose
plus me défendre face à toutes ces petites piques, ces petites moqueries ou même ces grosses méchancetés qui blessent ma susceptibilité au sang, parce que si je riposte, ce sera totalement
démesuré. Alors finalement, je n'envoie personne chier, même quand j'en ai vraiment, vraiment envie.


Voilà pourquoi je déverse ma gourme et ma morgue sur ce blog, ça compense :)