De ma petite personne..

Publié le par Yoda-Ben²

Aujourd'hui, ami lecteur, mon moral a joué les montagnes russes, et je suis présentement au fond des abysses. Je les fréquente si assidûment depuis quelques mois qu'elles sont devenues familières, mais la chute est d'autant plus dure quand on tombe de haut.

Hier, ami lecteur, j'ai voyagé vers la belle ville du dieu Lug, dans le but louable d'aller voir le spectacle de catch Smackdown. Il faut dire, ami lecteur, que ces derniers temps, j'avais une avalanche de trucs vraiment pas glop qui m'étaient tombés sur le poil, dont certains franchement glauques, et mon moral déjà pas génial, s'en était retrouvé puissamment attaqué. Comme il me fallait un dérivatif puissant pour éviter, disons, d'avoir envie de faire tomber le séchoir à cheveux dans mon bain, j'avais accueilli cette bouffée d'oxygène avec enthousiasme, d'autant plus que figurait dans le lot Sheamus, le Guerrier Celte, pour qui je témoigne d'une idolâtrie infantile confinant au crétinisme le plus épais.

Le voyage se passe bien, nous arrivons sur place, pour prendre quelque repos avant le spectacle. Puis nous arrivons, un premier ouvreur nous place... Au premier rang, devant la scène ! Nous étions fébriles et débordantes d'enthousiasme à l'idée de les voir d'aussi près. Trois quarts d'heure plus tard, une seconde ouvreuse arrive... Et nous chasse de nos places, arguant que nous nous trouvions quatre rangs plus loin. Je sais, elle n'a fait que son travail, mais cette première déconvenue a entamé la joie que j'avais de me trouver là. Certes, nous étions toujours très très bien placées, et nous avions la chance d'avoir des voisins super avec qui nous avons papoté pendant tout le show, mais bon.

Par la suite, nous avons suivi les matchs, et au moment où commençait le match Alberto del Rio contre Randy Orton, la copine avec qui ton infortuné serviteur y est allé et moi-même avions préparé de nos jeunes mains une pancarte à la gloire de l'aristocrate mexicain : son annonceur, Ricardo Rodriguez, l'avait déjà vue sur Twitter et l'a reconnue tout de suite. Et enfin, le gros morceau. Le match Sheamus contre le Big Show.

Dire que le voir à moins de cinq mètres a été un choc est un doux euphémisme, ami lecteur. Je dirais plutôt qu'admirer enfin en vrai sa peau de neige, sa chevelure de feu et ses muscles de marbre a mis temporairement fin à toute fonction de communication chez moi pendant bien dix minutes. Mais le clou a été à la fin du match, quand j'ai pu m'approcher assez près pour le toucher. Juste une caresse sur son biceps droit. J'ai cru défaillir. Telle la pisseuse de quinze ans qui reçoit un autographe de Justin Bieber, j'étais en extase. Nous pensions retrouver quelques autres copines pour dîner et refaire le monde en parlant catch, mais elles ne répondent pas au téléphone. Un peu déçues de ne pas avoir pu retrouver les autres fans avec qui nous avions discuté de l'événement sur Internet, nous rentrons à l'hôtel pour dormir.

Le lendemain a été une vaste gueule de bois, ami lecteur. Les "copines" que nous n'avions pas retrouvées à la sortie étaient en fait... Allées suivre les catcheurs qu'elles ont accompagnées au bar. Ont discuté avec eux. Dansé avec eux. Flirté avec eux. Et c'est le récit de leurs aventures, plaisamment étalé sur les diverses surfaces de communication, que nous découvrons au long de la journée. Elles nous assurent que noooooon, c'était nuuuuul en fait, ils ont été super lourds, et désagréables, et ils disaient rien d'intéressant... Mais ça ne les a pas empêché de passer la soirée entière avec eux, tout en tenant le discours diamétralement opposé ailleurs, pensant naïvement que nous goberions ce requin pèlerin, que dis-je, ce dunkleosteus taille XXL. Autant te dire, ami lecteur, que j'en ai éprouvé un violent chagrin. Car une autre révélation m'a frappée à ce moment précis.

Ami lecteur, comme l'a dit le grrrrand Clint Eastwood, y a deux sortes de gens dans la vie. Ceux qui tiennent le flingue et ceux qui creusent. Et moi, je creuse.
Toujours, il y aura ceux qui gagneront toujours, ceux qui réussiront toujours, et il y aura toujours de l'autre côté les nuls, les ratés, les pauvres nazes qui feront éternellement tapisserie dans la vie. Et je me suis rendu compte que quels que soient les efforts que j'y mets, je resterai toujours engluée dans la seconde catégorie. Je ne me débarrasserai jamais de cette gangue de lose qui me suit comme une deuxième ombre. Je serai toujours celle qui rate le coche, celle qui s'emmêle les pieds dans ses lacets sur la dernière ligne droite de la course. Celle qui va toujours crouler sous les galères au dernier moment où c'était souhaitable, celle qui va cumuler panne de réveil, coupure d'eau chaude, voiture en panne, allure godiche, bourrelets qui dépassent et tache sur le chemisier.

J'aurai beau avoir les compétences qui me mettent techniquement à l'égal de mes pairs, je ne me sentirai jamais assez bien. Je ne serai jamais distinguée, jamais fine, élégante et racée. Je ne serai jamais celle qu'on choisira en la voyant mais celle qui sera prise par défaut. Celle qui a l'air d'une conne quand elle sourit, sur qui les fringues les plus chics prennent des airs de garde-robe des Deschiens, la zéro pointé de l'école de la grâce. Le fait est, ami lecteur, que j'aurais été ravie d'échanger quelques phrases avec Sheamus après le show, et que j'ai été frappée d'une violente jalousie en apprenant que ces filles nous avaient snobées pour ne pas s'encombrer de ploucs dans leur plan d'attaque du roster.
Mais en même temps, que pouvais-je espérer ? Avec un physique de truie ichtyosique, une conversation pour le moins soporifique, quelle chance aurais-je eue de ne serait-ce qu'attirer son attention pour le saluer ? Pour des types constamment entourés de filles hystériques les adulant comme des dieux et se battant le droit de partager le moindre signe d'attention de leur part, ma personne n'a pour ainsi dire pas plus d'importance qu'un grain de sable dans la mer entière. Je me serais retrouvée seule avec lui dans une pièce vide, sans d'autre ressource pour tuer l'ennui que celle de m'adresser la parole, j'aurais eu une chance. Mais évidemment, jamais ce ne serait arrivé. Et c'est pareil dans les autres domaines.

Dommage que je ne puisse jamais m'y faire, ami lecteur. Ne pas pouvoir accepter l'inévitable, c'est vraiment là une source de chagrins et de souffrances sans fin.

Publié dans De ma petite personne

Commenter cet article

Pépéhème 08/11/2012 21:26


Cyrano de Bergerac amoureux d'une catcheuse, je le sentais pas. Mais dans ce que tu dis, tout semble lié à la mésestime de toi plus qu'à la réalité. C'est juste pas possible d'être autant de la
loose, t'en rajoutes, avoue !


Tu dis ça pour qu'on te rassure, ce qui généralement n'aide pas du tout. La négation de l'ensemble est prestement interprétée comme la négation de l'un au moins, et réduite à la négation de l'un
au plus, ce qui renforce d'autant toutes les autres facettes. Tu n'es pas une grosse conne moche débile avec une forte odeur corporelle et un accoutrement ridicule qui se pointe toujours au
mauvais moment, nan, parfois tu arrives en retard, infiniment en retard, et ça c'est cool.


Peut-être que la voie de la sagesse est de ne pas espérer la redemption de ces plans foireux, de ne plus espérer ce qu'il paraît, d'ailleurs même les bimbos prêtes à tout n'ont pas joui tant que
ça. L'espoir c'est la misère, c'est l'esclavage, c'est la déception, c'est non-vivre le présent.


Que la force soit avec toi (je me fais enfin une culture starwars en ce moment, ça fuit un peu).